David Goldblatt, la grande imposture de l'indépendance

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 David Goldblatt par   Warren van Rensburg

David Goldblatt par Warren van Rensburg

En terme de longévité, David Goldblatt est certainement le photographe africain qui a le plus perduré.  Avec lui, ce ne sont pas moins de 50 années de photographie africaine qui vous contemple. Né dans une société extrêmement répressive et inégalitaire, David Goldblatt, par ses origines, en connaissait mieux que quiconque les dangers. Beaucoup d’observateur expliquent son endurance par son indépendance, David Goldblatt y compris. Est ce la vraie raison ? La survie se nourrit d’un sentiment particulier. C’est grâce à ce sentiment que la photographie africaine de David Goldblatt a survécu. Ce sentiment, légitime dans une société totalitaire, c’est la peur. 

David Goldblatt  est un photographe africain  né en 1930 à Randfontein, Afrique du Sud. Ses parents, juifs originaire des pays baltique, fuyaient la persécution. Durant sa jeunesse, sa formation se fait en études commerciales à l'université du Witwatersrand. De son vivant, il connaîtra la vie quotidienne en Afrique du Sud sous l’apartheid institué en 1948 mais aussi la transition vers une société post-apartheid durant les années 90.

David Goldblatt, par sa longévité et son intérêt pour le quotidien, est un témoin essentiel de la transformation de la société sud-africaine. Durant des décennies, sa photographie nous plonge au coeur d’un des systèmes de société les plus inhumains. Son style photographique est marquée par la photographie documentaire et à pour thématique principale le social. Tirant son inspiration du quotidien,  son oeuvre "Shop assistant, Orlando West, Soweto, 1972"  a été présentée en 21 février 2017 durant l'événement "Rétrospective David Goldblatt au Centre Pompidou ».

"Je voyais les prisonniers noirs emmenés au poste de police à pied dans la rue, sous les yeux de tous, alors que les blancs étaient conduits en voiture. "  - David Goldblatt

Le statut de témoin de la photographie africaine de David Glodblatt laisse entrevoir un autre débat: celui de l’inaction face à une injustice. La volonté affichée de David Goldblatt de ne pas militer au travers de sa photographie africaine contribue à alimenter ce débat. Quels sont les aspects essentiels de cette photographie ? Voyons cela en trois points.

Un regard documentaire

« je posais un regard disons plus détourné, qui n’alertait pas les autorités. »
- David Goldblatt

La photographie africaine de David Goldblatt  adopte un style très documentaire. Cela lui permet de capturer intuitivement des instantanés empreints de vérité. Un témoin doit garder son indépendance vis à vis des événements. Aucun parti pris ne doit exister. Pourtant, la photographie de David Goldblatt ne laisse aucun doute face à l’injustice qu’elle relate. L’absence de volonté de rectifier une injustice peut venir de l’indifférence ou de la peur. Au regard de ses interview, David Goldblatt n’était pas indifférent aux injustices de son pays. La peur de l’autorités a guidé son art.

Une prédilection pour le social

« Une forme d’ambivalence […] transparaît dans les photos […] je laisse chaque visiteur libre d’en juger.  » - David Goldblatt

Un des thèmes les plus récurrents de la photographie africaine de David Goldblatt est le social. Ce dernier, en plus de capturer des scènes de vie quotidiennes, y apporte les interrogations liés à la complexité des relations humaines (blancs et noirs), culturelles (afrikaans et africains), politiques (apartheid et post-apartheid) et économiques (riche et pauvre) du pays. Ici, l’artiste nous montre la délicatesse de juger trop rapidement, la peur de prendre pour argent comptant ce qu’on voit. 

Le quotidien comme source d'inspiration

« Ces hommes et ces femmes, que j’ai côtoyés de très près pendant six ou sept ans, pouvaient aussi se montrer compatissants, hospitaliers, aimables »
- David Goldblatt

Qu’en est il de l’inspiration de David Goldblatt ? La photographie africaine de ce dernier puisait son inspiration dans le quotidien. Dans les communautés qu’il visitait, les gens qu’il côtoyait de tout bord, en particulier ceux bénéficiant du régime de l’apartheid. Brisé le silence sur son activité, militer pour ce en quoi il croyait aurait détruit  ce quotidien qui était le sien, qu’il aimait et qui inspirait son art. À juste titre, la photographie africaine de David Goldblatt  devait rester cacher par peur de ne plus pouvoir vivre et ne plus être le fidèle témoin qu’elle est.

Loin des discours d’indépendance, la photographie africaine de David Goldblatt a survécu portée par la peur. Son art est à l’image de sa famille qui émigra en Afrique du Sud pour éviter un triste sort. La peur est un motif légitime d’inaction, en particulier lorsqu’elle a pour objectif l’auto-préservation. La photographie africaine de David Goldblatt nous apprend une leçon importante. Parfois, nous devons faire fi de la noblesse. Parfois  notre seul devoir est de survivre et de témoigner. En ce sens, la peur reste et restera notre plus fidèle alliée. 

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site web: https://www.davidgoldblatt.com/ 
source principale: http://www.lemonde.fr/photo/article/2018/02/21/les-divisions-de-l-afrique-du-sud-vues-par-david-goldblatt_5260033_4789037.html

http://www.lemonde.fr/photo/article/2018/02/21/les-divisions-de-l-afrique-du-sud-vues-par-david-goldblatt_5260033_4789037.html