Omar Victor Diop, comment survivre sans modèles

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 Omar Victor Diop est un photographe africain né en 1980 à Dakar, Sénégal. Sa formation se fait en École supérieure de commerce de Paris. Il a été nominé au 2015 Discovery award aux Rencontre d'Arles.

Omar Victor Diop est un photographe africain né en 1980 à Dakar, Sénégal. Sa formation se fait en École supérieure de commerce de Paris. Il a été nominé au 2015 Discovery award aux Rencontre d'Arles.

 

Peut on imaginer un enfant sans adultes pour le guider ? Pour survivre nous avons besoin de modèles. Nos parents sont les premiers en général. Lorsque nous grandissons, nous en cherchons des nouveaux: héros, artistes, politiciens ou figures historiques. Ils sont la source de notre épanouissement. Ses personnes ou ses personnages sont indispensables à notre développement. Un photographe africain est peut être l'artiste qui a le plus perçu ce besoin indispensable. Son nom est Omar Victor Diop.

J'ai commencé par regarder ces figures noires historiques qui ne répondaient pas aux attentes habituelles [...] elles étaient éduquées, élégantes et confiantes.

Né en 1980 à Dakar au Sénégal,  la formation de Omar Victor Diop se fait en École supérieure de commerce à Paris. Diop était consultant dans la finance jusqu'en 2012. Issu d'une famille de classe moyenne, il grandit entre une mère avocate et un père comptable dans la capitale sénégalaise. Rien ne le prédestinait à son ascension fulgurante en tant qu'artiste. Il est remarqué dès sa première année d'artiste quand il est invité à la célèbre Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie. Depuis, il est représenté par la galerie André Magnin, référence de l'art contemporain africain.

Plus que tout autre artiste, Diop recherche et met en lumière des personnages qui l'inspirent et avec qui il fait corps. Conscient de l'importance de ses repères, il se ré-approprie -sans le savoir- un style hérité des grands maîtres de la photographie africaine: le studio. La thématique de l'Histoire s'invite à de nombreuses reprises dans ses œuvres présentant des personnages qu'il incarne. J'ai commencé par regarder ces figures noires historiques qui ne répondaient pas aux attentes habituelles [...] elles étaient éduquées, élégantes et confiantes. Inspiré par la mode, son œuvre "Diaspora, 2014"  a été présentée à de nombreuses reprises (États-Unis, Espagne, France, Allemagne). Ses œuvres ont  été exposées durant la foire d'art contemporain 1-54 à New York en Mai 2018 et seront présentes au Festival La Gacilly d'Autriche en Juin 2018.  Au cours de sa carrière, Diop a été également nominé au 2015 Discovery award des Rencontres d'Arles. Comment l'art de Diop a-t-il survécu sans références et sans modèles ? 
Nous allons y répondre en trois points.

L'Histoire comme thème de recherches

J’essayais de transformer un passé oublié en actualité pour redémarrer une conversation.

En absence de modèle, Diop a du les chercher. C'est dans l'Histoire que Diop va orienter ses chercher. Parmi les figures historiques qui ont inspiré Diop il y a Jean-Baptiste Belley. Né en 1746 à Gorée au Sénégal, Belley est vendu comme esclave dans les Antilles françaises. Arrivé en France en pleine Révolution il réussi l'exploit de devenir membre de la Convention, puis du Conseil des Cinq-Cents. D'autres figures à l'image de Belley sont incarnés par Diop et peuplent ses œuvres. J’essayais de transformer un passé oublié en actualité pour redémarrer une conversation. Ses personnages, Don Miguel de Castro, Dom Nicolau et d'autres, sont des modèles au sens propre -réincarnés par Diop- et au sens imagé. Leurs histoire et exploits ont permis la survie artistique de Diop.

La mode comme inspiration

Ma mère est une grande admiratrice du textile.

Parmi les photographies qui l'inspirent, Diop cite des photographes de mode tels que Richard Avedon, Annie Leibovitz ou Jean-Paul Goude. Il s'inspire des codes de la mode et confie utilisé la garde-robe de sa mère pour des accessoire en plus des marchés Dakarois. Ma mère est une grande admiratrice du textile. À l'époque où il était consultant, sa connaissance de la mode était limité. L'appel de la mode associé à la photographie révèle d'un exutoire. Son objectif était de trouver une "fantaisie" indispensable à sa vie. Opportuniste, il a saisi la mode tsrouvé dans la mode un   et qu'il n'avait pas dans le domaine de la finance.

Le style des grands maîtres

On a toujours peur d’être pris pour un mégalo.

Sans le savoir, Diop va adopter le style majeur de la photographie africaine: le studio-photo. Sans connaître Malick Sidibé, Samuel Fosso ou Seydou Keïta, il va marcher dans leurs pas. Diop est à la recherche de modèles, clés de son épanouissement. Sa recherche le conduit à une idée, reproduire avec la photographie les fresques de personnages célèbre de la diaspora africaine. Ses tentatives vont se heurter à un problème insoluble sur le moment: l'absence de modèle pour poser. Pour le contourner, il devra se mettre lui même en scène en plus de trouver les tailleurs pour refaire les tenues d'époque. On a toujours peur d’être pris pour un mégalo. Le besoin de modèle était plus fort que cette peur. C'est ce besoin qui a conduit Diop à faire des auto-portraits.

Dans les situations dangereuses, à l'image des attentats de Paris, la peur est présente. Nous pourrions être paralysés par elle. Pourtant nous courons, nous nous mettons à l'abri et aidons les personnes blessées. L'envie de survivre est notre plus précieux allié dans les situations de crise. C'est cette envie qui a poussé Omar Victor Diop a quitter son ancienne vie de consultant. Ce besoin irrépressible l'a guidé dans l'art et l'Histoire. Aujourd'hui, c'est un artiste épanoui d'envergure internationale. Nous pouvons apprendre beaucoup d'Omar Victor Diop. Et si nous devions retenir qu'une leçon ce serait celle là:
chaque crise est l'occasion d'écouter notre instinct.

 

 

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https://www.theguardian.com/artanddesign/2015/jul/11/mar-ictor-ioi-want-to-reinvent-great-heritage-of-african-studio-photography