"Opposition": Yannis-Davy, Guibinga

gabonImoni ROMBAComment

Actuellement étudiant en Management Digital des entreprises à Toronto au Canada, Davy Yannis Guibinga est un jeune photographe gabonais.  Il se concentre principalement sur les portraits, « étudiant la diversité des cultures Africaines » comme il nous l’a confié. « Je suis autodidacte, je n’ai jamais pris de cours de photographie » a t-il également affirmé. Le talent n’attendant vraisemblablement pas le nombre des années , lui qui n’est âgé que de 21ans a commencé la photo par passion il y'adéjà 4ans, sans la moindre réticence de son entourage.

Nous vous invitons à découvrir sa série photographique intitulée ’’Opposition’’; à travers un portrait et une photo de dos entière.

Opposition, Portrait

Opposition, Dos

Si il faut se rappeler que Yannis Davy est gabonais, et à l’heure où la tension est à son comble dans son pays, on pourrait dire que le nom de la série n’est pas due au hasard. Croyez le ou non, Opposition est le fruit d’un beau hasard. L’artiste confiera, que le modèle était arrivée par hasard tout de blanc vêtuet toute la chimie est née de là. 

Sur les clichés, on remarque de prime abord l’affrontement permanent entre le noir et le blanc. 

Sur le portrait, on distingue facilement deux parties. Un plan supérieur noir marqué par la tête du modèle (chevelure   et visage), se démarque de la partie inférieure par le col du pull-over blanc,  qui trace une ligne oblique parallèle à la courbe du menton. Plusieurs détails géométriques sont visibles sur le cliché notamment les rayures verticales du pull le long du col, puis une raie blanche sur l’épaule scindant en deux les rayures qui tombent symétriquement les unes sur le dos et les autres sur le buste du modèle. Les formes sont bien définies mais arrondies et rappellent la sérénité du modèle, sa posture fière et imperturbable mais non agressive.

La boucle d’oreille argentée placée comme au centre de l’image, attire l’oeil curieux et ouvre le champs de la contemplation sur le visage du modèle, révélant les courbes fines de son visage (mentons, lèvres, nez, cils) qui semblent avoir été dessinées à la perfection sur le fond blanc. Le regard du modèle et la brillance de son nez attirent également de la lumière sur le visage, soulignant les sourcils, et laissant apparaître plusieurs nuances de noir. 

Quant au cliché de dos, on pourrait dire que c’est à travers lui que le nom de la série prend tout son sens. De par sa posture nonchalante, désinvolte, le modèle nous fait non pas un appel du pied , mais plutôt de la tête. On pourrait presque capter le mouvement sur cette image et l’imaginer lent en regardant attentivement la tête, seul point noir imposant. 

En produisant et article, les heures passées à scruter les clichés m’ont rappelé une scène vécue sur les bancs de l’université. Cours d’économie, on étudiait le critère de Rawls. Nous étions deux noirs dans la salle.En guise d’explication la classe pleine d’européens et d’asiatiques avait retenu, «  Rawls part du principe selon lequel vous êtes le plus défavorisé, imaginez donc que vous êtes pauvre, vous êtes laid et vous êtes noir ». Le silence fut audible et assourdissant au plus haut point, tous les regard étaient portés sur mon frère noir et moi, j’ai regardé la dame, elle m’a regardé puis j’ai rompu la tension en lui adressant un sourire, la suite du cours : « enlevons le fait que vous soyez noir… » Balzac disait l’opposition c’est la vie, et Alphonse de Karr rajoutait “L'opposition systématique se donne bien garde de demander quelque chose qu'elle pourrait obtenir, car alors il lui faudrait être contente ; et être contente pour l'opposition, c'est cesser d’être.”   

Je n’allais rien demander à mon professeur, aucune excuse, aucune doléance pour qu’elle sache qu’être noir n’est pas une tare. J’allais m’opposer à sa mauvaise foi par un simple sourire, et dans ma tête, je me relaxais comme le modèle, dos à tous les préjugés , ma main droite perpendiculaire à mon bras gauche en signe d’opposition. J’allais continuer d’être noir, et de m’habiller en blanc parce qu’aprèstout, ce n’est qu’une couleur.