Pink Albino: L'homme rose

gabon, CongoImoni ROMBAComment

 

Ussi’n Yala, dont nous évoquions le style ici, nous propose une nouvelle série photographique intitulée « PINK ALBINO ». En exclusivité, penchons nous sur cette série en cours d'exposition à l'African Art Fair du 22 au 23 Octobre 2016 au Galerie Joseph (Paris 3ème).

 

À travers cette série, Ussi’n nous offre une vraie pause douceur, tant sur le plan sensoriel que technique. Et même si au moment où il capture ses instants, il ne se soucie pas en premier lieu des détails techniques, rien ne semble choisi au hasard. Sur le cliché de dos, l'artiste veut capter toute notre attention en positionnant ce bouquet de fleurs blanc en premier plan au centre et sur la ligne horizontale qui traverse les épaules du modèle ; afin que rien d’autre ne nous empêche de le contempler dans toute sa beauté, sublimé par ce fond rose bonbon clair dans lequel il se fond sans agresser notre oeil. Ussi’n l’a bien compris, pour faire beau, il faut faire simple! L’allure très minimaliste des images que procure le fond rose uni, et la grande luminosité sur laquelle l’artiste joue, permettent de mieux cerner les formes et ainsi saisir l’énergie des photographies. En procédant à une comparaison des deux images on distingue rapidement le contraste. Sur la photo de face, de la tête aux épaules, jusqu’à la main qui tient le bouquet et en passant par les arcades sourcilières du modèle, se répète une seule forme; un arc arrondi renforçant l’effet de sérénité que dégage l’image. La photo de dos à l’opposée, dévoile la musculature du modèle dont les formes rappellent des angles droits, moins carrés, beaucoup plus arrondis donnant un rendu géométrique mêlant à la fois douceur et force. 

 

James Joyce disait : « ce qui importe par-dessus tout dans une oeuvre d’art, c’est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir ». En écrivant cet article, j’avoue avoir passé plus de temps à contempler les photos qu’à écrire, bouleversée par un trop-plein d’émotions. J’ai replongé loin en enfance, à cet après-midi par lequel ma grande soeur était venu me chercher à la sortie des classes. Dans le taxi pour la maison, elle, assise à la droite du chauffeur; moi, assise derrière avec à mes côtés une collégienne albinos. Paniquée, je m’étais mise à crier à ma grande soeur que je voulais la rejoindre à l’avant. Apeurée, pas question que je m’asseye plus longtemps à côté de cette jeune fille. Même si je n’avais que 4 ans, cette image ne m’a jamais quittée et aujourd’hui Pink Albino me donne l’occasion de voir cette fois, toute la beauté que je n’ai pas osé affronter ce jour là, et que l’on ne m’a jamais appris à apprécier et à regarder en face. Choisirez vous de demeurer comme moi à mes 4 ans ? Je ne vous le conseille pas. Laissez vous séduire par le rose gourmand, rappelez vous à quel point vous aimez cet effet Lollipop et cupcakes, rappelez vous que Barbie vous a fait rêvé, que le rose sert à la noble cause de la lutte contre le cancer. Si le monde nous a habitués aux "noirs", aux "blancs", aux "jaunes, aux "peaux rouges", il est temps que nous acceptions les "Hommes roses".  Acceptez donc ce bouquet de paix blanc, brulez les temples de ces marabouts qui ne se réjouissent de la vie des albinos que dans leur mort, leur attribuant toute sorte de pouvoirs. Fermez vos yeux respirez l’amour, fondez avec nous dans ce décor qui apporte de la sérénité et veut nous rendre notre humanité. N’oubliez pas, nous sommes tous les mêmes.