Siwa Mgoboza et les êtres d'Africadia

South Africa, SiwaMgobozaSanaa CaratsComment

Pour comprendre le monde de Siwa Mgoboza, cet artiste contemporain de la nouvelle vague sud-africaine en pleine effervescence, nous nous sommes rendus à la première édition d’ AKAA, la foire d'art africain, qui s’est déroulée en novembre dernier au Carreau du Temple.
C’est ce jeune homme d’une vingtaine d’années qui est derrière les costumes et la mise en scène de sa performance avec Nobukho Nqaba, une autre artiste et compatriote.  La puissante chorégraphie et mise en scène de 15 minutes rappellent que la fibre créative n’appartient qu’à très peu de monde!

 

 

ARTISANAT, MODE ET PHOTOGRAPHIE

Pour ses portraits de personnages fantastiques, Siwa Mgoboza fabrique à la main tous ses costumes pour leur donner vie et les rendre mystiques. Ces personnages originaux défient l'ère du digital. L'artisanat est une discipline noble qui se retrouve parfois dévaluée par quelques détracteurs à qui l’artiste répond dans son entretien dans le Daily Sun

«  je trouve qu'il y a dans ce procédé un haut niveau de sophistication et de réflexion créative ».

Chaque série de Siwa Mgoboza témoigne d'une hyper créativité retranscrite au travers de la création, conception, et enfin de l’instant clef de leur mise en scène. Les photographies de Siwa Mgoboza sont montées de toutes pièces : pour la série 'Who let the Beings out' réalisée en 2015, ces êtres capturés dans des lieux historiques du Cap sont vêtus d'étoffes de Vliso hollandais, fabriquée en Asie.

« Il n’y a plus de barrière de genre, ni de frontière dans mes personnages. J’ai choisi de les appeler les êtres ('Beings') car finalement tout le monde a sa propre histoire avant d’être noir ou blanc. »

Ces personnages mi-humain, mi-oiseau, aux plumes de tissu et de tulle révèlent une forme de liberté et chaque plume apporte une couche de complexité dans l’identité de ces êtres...
Le recul face à un quotidien toujours aussi difficile pour la communauté noire en Afrique du Sud, Siwa Mgoboza a pu le prendre plus facilement. Né au Cap, le jeune homme est très rapidement parti vivre avec sa famille au Pérou puis en Pologne. Depuis son retour en 2012, l'ancien étudiant en arts plastiques de l'Ecole des Beaux-Arts Michaelis de l'Université du Cap a gardé une confiance en lui combinée à un besoin constant de créer pour faire vivre son histoire.

LES ÊTRES D’AFRICADIA

Des personnages extravagants, hauts en couleur et mystérieux à la fois. C'est la signature de Siwa Mgoboza. Lors de sa première exposition en Suisse à la galerie Semaphore en 2015, il rend hommage à ses racines avec la série Africadia. C’est un autre monde qu’il crée avec le tissu traditionnel Shwe Shwe. Africadia sera présentée cette année au Nanjing International Arts Festival en Chine et à la galerie Iziko National du Cap lors de l'exposition ‘Women’s Work’ en décembre. On retrouve dans les oeuvres de Siwa Mgoboza des rappels de certaines couleurs. Le bleu pour la force,la royauté et fierté de ses origines, et le rouge pour la passion, la féminité et la fragilité.


« J'affectionne beaucoup le tissu shwe shwe. Je suis de la tribu Hlubi, moitié Xhosa et moitié Sotho. Ma famille parle le Xhosa mais pratique les traditions Sotho  -  les Hulbi sont donc une tribu hybride. Le shwe shwe est un tissu porté par les femmes Hlubi et d'autres femmes de tribus sud-africaines, souvent par les mariées (uMakoti) ou femmes plus âgées. En créant ces personnages pour Africadia,  je me suis réapproprié-en tant qu'homme ayant vécu à l'étranger- une histoire à travers un tissu et une culture. On retrouve dans le shwe shwe autant d'allure et de sophistication que dans d'autres tissus, alors qu'on m'a rabâché maintes fois qu'on ne trouverait pas cela dans un pays comme l'Afrique du Sud considéré comme primitif sans culture et manquant soi-disant de sophistication ! »

Le monde Africadia regorge d'interprétations d’œuvres d'art et d’hommages aux personnages portant des étoffes comme la statut de la Liberté et les Demoiselles D’Avignon, un hommage au peintre Picasso qui, lui aussi, à son époque voulait déjà rompre avec le style de sa génération.Un entremêlement utopique des notions d'une Afrique originelle et d’Arcadia - telle que mentionné dans la peinture de l'artiste de la Renaissance Nicolas Pousin et la mythologie grecque.

« Africadia est un lieu où tout le monde on s'accepte et dans lequel on peut vivre le meilleur de soi. J'essaie d'offrir une nouvelle narration et de changer cette histoire unique que le public a pu entendre de l'Afrique depuis des siècles. Cette série est sur un monde où on arrête se juger pour s’accepter. »

HUMOUR ET ESTHETISME

Finalement, Siwa Mgoboza est omniprésent dans ses oeuvres et il sait le faire avec humour. A la fois créateur et acteur de ses œuvres, le jeune homme ne perd pas de temps pour se faire connaître de la scène internationale. Il est représenté par la galerie  Art meets Camera basée au Cap. Talentueux, bosseur et soucieux de présenter ses univers colorés, sa nouvelle série, 'The Department of Afrocorrectional Services' joue sur le délit de faciès. Sous leurs masques, saurez-vous retrouver les coupables ?

En moins d'un an, déjà trois séries photos et une performance artistique, on risque d'entendre très vite à nouveau parler du serial artist Siwa Mgoboza!

http://artmeetscamera.com/siwa-mgoboza

 

 

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Sanaa Carats
REDACTRICE, fondatrice du magazine 33 Carats
www.33carats.com

Passionnée d'art et de voyages, Sanaa partage ses découvertes de créateurs originaux et avant gardistes.